Trente nations représentées, cent quinze candidats inscrits, cinquante trois sopranos, vingt mezzos, quatorze ténors, dix neuf barytons, huit basses et un contre-ténor au départ, et en finale douze rescapés représentant huit nations, six sopranos, une mezzo, deux ténors, deux barytons et une basse, chacun devant interpréter une mélodie accompagnée au piano et un air avec l’orchestre.
Au terme de cette dernière épreuve, les professionnels du jury ont tranché assez vite, apparemment sans états d’âme. Chez les dames, trois sopranos sont couronnées ; le premier prix distingue Yuan-Ming Song, (Chine), beau soprano lyrique ; elle a chanté d’abord avec sentiment et dans un français assez bien intelligible le poème de Verlaine mis en musique par Debussy « Il pleure dans mon cœur », puis « Tu che le vanità » du Don Carlos de Verdi. Diction claire, attaque très juste d’expression, voix pleine et homogène qui soutient le forte de l’orchestre, voilà bien des qualités. Est-ce la fatigue qui a fait baisser la tension avant la reprise finale ? Et la recherche d’expressivité qui produit quelques graves discrètement engorgés ? Second prix, Eduarda Melo est portugaise ; son Poulenc « Ah ! Fuyez à présent » est tout vibrant d’émotion et le français de bonne qualité ; pour « Je veux vivre » en revanche (tiré du Roméo et Juliette de Gounod) si l’exécution technique est bonne il manque l’illusion d’un élan spontané qui prive partiellement l’air de son charme. Mais la voix a du corps et est bien projetée. Déjà candidate en 2008 Anna Kasyan (Géorgie) reçoit le troisième prix. Son timbre, riche des harmoniques des voix slaves, est le plus séduisant et fait mouche dans la mélodie d’Alemtcha « Nor è bazvel », qui met en valeur un tempérament fougueux ; hélas, le « Bel raggio lusinghier » emprunté à Semiramide accumule sonorités en arrière, dans les joues, vocalises savonnées et intentions expressives souvent discutables. Il faut croire que les jurés ont tenu compte de son parcours sur la semaine.
Chez les hommes, pas de premier grand prix, et certains donnés favoris ne sont pas au palmarès. Premier nommé, deuxième prix, Gevorg Grigorian, basse russe. La mélodie « Blagoslovlyayu vas lesa » a la séduction immédiate de Tchaïkovski, mais la voix semble grossie pour impressionner. Les graves, peu nombreux, sont beaux. Avec « Oh chi piange…Del futuro nel buio » de Nabucco l’expressivité et l’autorité de l’accent sont satisfaisantes, mais la voix est poussée dans ses retranchements, aussi bien pour l’étendue que pour le volume. Nous avions préféré le dernier nommé, troisième prix, Inhui Kim, un baryton sud-coréen. Sans doute dans sa mélodie de Tchaïkovski « Gasnut dalnie alpuhary » quelques sons sont-ils en arrière mais la fermeté de l’accent et la projection assurent un impact efficace. En revanche son « Nemico della patria » tiré d’Andrea Chenier est admirable, pour la qualité de la langue et la justesse expressive.
A ces récompenses s’ajoutent les prix décernés par le CNIPAL, sous la forme de deux bourses d’études. Celle de 2010-2011 est attribuée à Gevorg Gregorian, déjà nommé, et celle de 2011-2012 ira à Aleksandra Kubas, soprano polonaise qui avait interprété une mélodie de Rachmaninov et « Je marche sur tous les chemins » de Massenet, superbement accompagnée par Graeme Jenkins et les musiciens de l’orchestre du Capitole. Peut-être était-elle pénalisée par le trac du fait d’un tirage au sort qui l’avait placée en ouverture de l’épreuve finale, mais son français qui semblait appris phonétiquement, la justesse parfois défectueuse et un certain manque d’éclat justifiaient son absence au palmarès de ce 48e concours international de Toulouse, qui s’est donc conclu sans nous avoir donné le frisson de la révélation ou de l’exceptionnel.