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Un jour, une création : 23 novembre 1867, Robinson Offenbach aborde l’île Favart

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23 novembre 2020
Un jour, une création : 23 novembre 1867, Robinson Offenbach aborde l’île Favart

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Il la veut, Offenbach. Il l’attend sa revanche à l’Opéra-Comique, après les deux échecs particulièrement sévères qu’il y avait subis (Barkouf en 1860assassiné avec beaucoup de méchanceté par Berlioz et La baguette en 1862). Il est encore tout auréolé du grand succès de La Vie parisienne, il va tout renverser en avril 1867 avec la Grande-Duchesse de Gerolstein et veut frapper un nouveau grand coup ailleurs qu’à domicile, présenter un ouvrage plus « sérieux » et ainsi faire taire ceux qui s’évertuent à ne voir en lui qu’un amuseur des boulevards. 

Comme il est tout sauf une tête brulée, il prépare donc son retour sur l’une des principales scènes parisiennes hors de son propre théâtre, en s’entourant des meilleurs, ou du moins d’amis sûrs.

Pour le livret, d’abord. Il fait appel à son vieux complice Hector Crémieux, important contributeur – seul ou avec d’autres comme Ludovic Halévy ou même le duc de Morny himself – de 8 opéras bouffes et autres opéras comiques du petit Mozart des Champs-Elysées. Il fait également appel à Eugène Cormon, autre vieux routier des livrets et alors directeur de la scène de l’Opéra. Le trio va donc adapter, avec une très grande liberté, un classique de la littérature, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, qu’ils comptent d’abord rebaptiser Toby. Mais Offenbach, accaparé par la Grande-Duchesse, avance lentement. La création est donc repoussée de l’été 1867 à l’automne de cette même année. Début juillet, il part comme d’habitude à Ems prendre les eaux, présenter plusieurs de ses œuvres –inédites ou plus anciennes, et travailler à sa nouvelle partition. Il écrit à l’administrateur de l’Opéra-Comique, Eugène Ritt, pour lui rendre compte de l’avancée de celle-ci : « Mon travail va bien, ma santé moins bien, les bains ne m’ont pas réussi, j’ai des palpitations effrayantes. Espérons pourtant que j’assisterai encore à notre succès et, malgré l’encadrement des volatiles (sic), je désire vivement que ce ne soit pas mon chant du cygne. »

Pour avoir les meilleurs, Offenbach fait aussi appel à de solides interprètes : le ténor Montaubry en Robinson (le premier Bénédict de Berlioz), la soprano Marie Cico en Edwige, habituée des Bouffes-Parisiens et… du bureau d’Offenbach pendant quelques années, le ténor Ponchard en Toby, ou encore la mezzo Célestine Galli-Marié, récente créatrice du Mignon de Thomas et future Carmen de Bizet, en Vendredi, rôle travesti.

Les répétitions commencent en septembre, le temps qu’Offenbach concocte un 3ème et dernier acte, lui-même intégré aux répétitions d’octobre. Mais, début novembre, Offenbach souffre d’une de ses habituelles et terribles crises de goutte et le travail s’interrompt pendant 3 semaines. Le compositeur est à peine remis pour être transporté (il ne peut se déplacer lui-même) à la Salle Favart pour la création de Robinson Crusoé, voici 153 ans. 

La première n’a rien du triomphe espéré, ni du désastre redouté. L’œuvre est néanmoins jugée trop longue et est amputée dès la deuxième représentation. Les critiques sont… critiques, pointant les incohérences du livret et qui trouve la pièce ni drôle, ni dramatique (faudrait savoir), et qui y relèvent « trop de soin » qui se voit. Ils soulignent en cela l’ambiguité des auteurs, qui semblent toujours hésiter entre opéra-bouffe et opéra-comique, plus sérieux. Dans Le Ménestrel, Gustave Bertrand écrit : « La seconde tentative du maestro Offenbach à l’Opéra-Comique était chose plus grave et de plus de conséquences pour lui que la première. Au temps de Barkouf (1860), il n’était que le roi des Bouffes-Parisiens ; aujourd’hui, c’est une des influences, une des dominations universelles de la musique (…) Et pourtant, ce grand conquérant n’était pas satisfait. Il se souvenait de Barkouf et ne pouvait s’en consoler. Les envieux de sa gloire allaient répétant que la place Favart était pour lui bien plus loin que Boston et Rio-de-Janeiro ».  Parmi ces derniers, certains se montrent particulièrement virulents, condamnant Offenbach, incompétent pour autre chose, « aux Bouffes à perpétuité ». Le public lui, se montre un peu moins hostile, mais tiède, applaudissant surtout les parties plutôt bouffes… Décidément, on veut Offenbach là où on l’attend, quoi qu’il veuille montrer, et même si le résultat n’a rien à voir avec le désastre de Barkouf, il n’y est pas encore. Parmi les jolis succès de ces représentations (il y en aura une trentaine tout de même, avant que l’œuvre ne quitte très durablement les affiches), la fameuse et réjouissante valse d’Edwige est ici interprétée par Jodie Devos dans son non moins réjouissant disque récital consacré au grand Jacques. Robinson Crusoé, pourtant, n’a pas encore pris sa revanche.

 

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