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Un jour, une création : 27 février 1833, quand un opéra en masque un autre…

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27 février 2023

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Scribe et Auber

Mais après il y eut Verdi. Et on ne parla définitivement plus de Gustave III ou le Bal masqué de Daniel-François-Esprit Auber. Ce dernier a pourtant un double mérite : c’est une super production gigantesque qui a fait date et il a donné un des meilleurs livrets de son temps à une œuvre lyrique. Ce livret, que Somma reprendra pour Verdi, est signé du plus renommé d’entre tous les librettistes, au moins en France, l’incontournable Eugène Scribe. Jugez plutôt : lorsqu’il écrit le livret pour Auber (et pour la Salle Le Peletier) de cette sombre histoire bien réelle, bien que les causes n’aient rien de cette histoire d’adultère (je vous renvoie pour cela à notre article sur le roi Gustave III de Suède, dans notre dossier Histoires d’opéra), Scribe a déjà plus de 225 pièces et livrets à son actif. Il s’agit surtout de brefs vaudevilles, alors à la mode, mais Scribe n’a que 42 ans et encore bien d’autres œuvres à écrire. C’est dire son importance.

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Gustave III, roi de Suède de 1771 à 1792

Le livret de Gustave III était dit-on destiné à Rossini, mais ce dernier avait décidé de raccrocher après Guillaume Tell, en 1829 et tout montrait que c’était irrévocable. On fait donc appel à Auber, compositeur alors très en vogue à l’opéra (Rossini disait d’ailleurs de lui : « un petit musicien, mais un grand faiseur de musique »), et qui avait en quelque sorte, tout comme Rossini avec Guillaume Tell et en attendant Les Huguenots de Meyerbeer, porté sur les fonds baptismaux un nouveau genre d’opéra, à grand spectacle, avec de vastes ensembles, du drame romantique et sur des sujets historiques soigneusement reconstitués. Et c’était déjà sur un livret de Scribe ! (La muette de Portici) cinq ans auparavant. 

Gustave III, opéra d'Auber et Scribe : costume d'Adolphe Nourrit (rôle de  Gustave) / gravé par Maleuvre] | Gallica
Adolphe Nourrit, créateur du rôle de Gustave III

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, on remet les petits plats dans les grands et on ne regarde pas à la dépense, moins encore que précédemment. Louis Véron, qui dirige l’Opéra de Paris depuis 1831, le gère de main de maitre, comme l’entrepreneur qu’il est par ailleurs, et il sait qu’il en a les moyens. Il faut donc un cast de stars et il le réunit : Adoplhe Nourrit dans le rôle-titre, Cornélie Falcon qui avait remporté un triomphe l’année précédente dans le rôle d’Alice de Robert le Diable, Nicolas-Prosper Levasseur en Anckarström, Julie Dorus-Gras (créatrice de la même Alice !) en Oskar ou encore Louise Dabadie en Arvidson, diseuse de bonne aventure. On réalise aussi des décors somptueux, en particulier pour le tableau du bal, acmé du drame, pour lequel on verra sur scène plus de 300 figurants et artistes des chœurs, sans compter la grosse centaine de danseurs venus exécuter le joyeux galop de l’acte V – l’un des rares morceaux qui résistera à la disparition – et dont le thème se fait entendre durant tout l’opéra (on ne dira jamais assez que Wagner n’a pas du tout inventé le principe du leitmotiv !). Voici 190 ans, la magnificence de l’ensemble fera sans doute autant d’effet – sinon davantage – sur les spectateurs de la première et de la quarantaine de représentations complètes qui suivront, que la partition elle-même. Suffisamment en tout cas pour que Balzac en parle dans La Fausse maîtresse, qui paraîtra huit ans plus tard, et où il évoque en particulier le dernier acte, celui où se déroule évidemment le grand bal : « (…) Cette ronde du Sabbat, une des gloires d’Auber, car le galop n’a eu sa forme et sa poésie que depuis le grand galop de Gustave. Cet immense final ne pourrait-il pas servir de symbole à une époque où, depuis cinquante ans, tout défile avec la rapidité d’un rêve ? ». 

4. Amélie, Melle Falcon, Arvedson, Mme Dabadie, une Folie;.jpg
Costumes pour Amélie, Arvidson et une figurante

La plupart des commentateurs ne tarit pas d’éloges. Bellini en vante par exemple la nouveauté, la grandeur et la beauté, tout autant que le caractère spectaculaire et il pensera à adapter lui aussi ce livret d’or – ce qui suffit sans doute à dire vraiment ce que ce jeune ambitieux assez médisant pensait de ce qu’en avait fait Auber…

Mais tout s’arrêtera bien vite pour cette partition, qu’on ne jouera ensuite que par extraits et auquel le coup de grâce sera donné par l’opus verdien un quart de siècle plus tard, alors que la partition d’Auber – mais aucunement le livret de Scribe ! –  était déjà bien oubliée. Aujourd’hui encore, on trouve peu de défenseurs de cette œuvre, qui mérite sans doute mieux mais qu’une maigre tentative au Théâtre impérial de Compiègne voici trente ans et dont voici un extrait avec Laurence Dale dans le rôle-titre, n’aura pas suffi à réhabiliter.

 

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