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L’Instant lyrique, Offenbach — Paris (Elephant Paname)

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Spectacle
24 avril 2017
Petit Jacques est devenu grand

Note ForumOpera.com

2

Infos sur l’œuvre

Détails

Le Roi Carotte, « Nous venons du fin fond de la Perse » (TP, EP)

La Vie parisienne, « Paris, Paris, entrons dans la fournaise » (TP, EP, CT)

Les Contes d’Hoffmann, « J’ai des yeux, de vrais yeux » (CT)

Le pont des soupirs, Couplets du rêve (FC)

La Belle Hélène, « C’est le ciel qui m’envoie » (TP et FC)

La Grande duchesse de Gérolstein, « J’aime les militaires… » (EP)

Les Contes d’Hoffmann, « Dans les rôles d’amoureux langoureux… » (CT)

La Vie parisienne, « L’amour est une échelle immense… » (TP et CT)

La Vie parisienne, « C’est ici l’endroit redouté des mères… » (TP et CT)

Les Contes d’Hoffmann, « Elle a fui la tourterelle… » (TP)

Fortunio, « Si vous croyez que je vais dire… » (FC)

La Vie parisienne, « Je suis veuve d’un colonel… » (TP=

La Périchole, « Tu n’es pas beau, tu n’es pas riche.. » (EP)

La Cigale et la fourmi (FC)

La Périchole, « Les femmes, les femmes, il n’y a que ça » (tous)

Bis

Les Contes d’Hoffmann, La barcarolle (TP, EP)

Les Contes d’Hoffmann, « On est grand par l’amour » (tous)

La Périchole, « Les femmes, les femmes, il n’y a que ça » (tous)

Franck Cassard, ténor

Christian Tréguier, baryton

Tatiana Probst, soprano

Eléonore Pancrazi, mezzo-soprano

Antoine Palloc, piano

L’Instant Lyrique, Elephant Paname, lundi 24 avril, 20h

L’instant lyrique, ce rendez-vous musical et amical désormais installé dans le paysage parisien, dérogeait lundi dernier à son principe de base en invitant non un chanteur mais quatre, afin de célébrer un compositeur : Jacques Offenbach.

Offenbach. Il suffit de prononcer son nom pour que les fronts se dérident. Pourtant, celui que Rossini surnomma le « Petit Mozart des Champs-Elysées » ne fut pas seulement un génial amuseur. Le programme conçu par Christian Tréguier le démontre en mêlant à certains extraits connus de ses opéras bouffes, forcément désopilants, des pages plus inquiétantes, tirées de son ultime chef d’œuvre Les Contes d’Hoffmann, ainsi que des airs dont la mélancolie peut surprendre si l’on est moins familier de sa musique. Il y a peu du rire aux larmes, ou du moins à cette nostalgie qui nimbe d’une lumière tendre toute l’œuvre d’Offenbach.

Ainsi ce « doux rêve » exhalé en voix de tête par Franck Cassard, ténor devenu funambule en équilibre sur le fil d’une des plus douces mélodies qui soit. L’air est extrait du Pont des soupirs un opéra bouffon en deux actes daté de 1861 qui est au mélodrame romantique ce qu’Orphée aux enfers est à l’antiquité : une parodie déjantée saluée par la critique. Le titre a depuis disparu de l’affiche, les pièces romantiques étant passées de mode (une deuxième version, en quatre actes, fut créée aux Variétés en 1868 sans grand succès).

Autre gemme rare sertie dans le programme, la chanson de Fortunio dans l’ouvrage du même nom, un opéra-comique également daté de 1861 que la critique décrivit à l’époque comme « vif, léger, pimpant, avec une agréable dose de sentiment ». Autant de qualificatifs que l’on pourrait employer pour décrire l’interprétation, toujours par Franck Cassard, de la fameuse chanson (grâce à laquelle Valentin, le héros de la pièce, conquiert le cœur de Laurette).

Si le ténor de l’équipe a décidé d’explorer la veine sentimentale d’Offenbach, le baryton – Christian Tréguier – privilégie le côté obscur de la force : Coppelius, Lindorf – deux des quatre personnages diaboliques des Contes d’Hoffmann auquel le chanteur prête une diction exemplaire. Mais pourquoi ne pas avoir contrebalancé tant de noirceur par quelques numéros moins tragiques ? Une bouffée de fantaisie aurait mieux mis en valeur un tempérament comique que l’on ne fait que deviner le temps de courtes interventions, dans le duo de La Vie parisienne notamment.

Offenbach, c’est aussi – et peut-être d’abord – le triomphe les femmes. « Il n’y a que ça », déclare Piquillo dans La Perichole, air chanté par la joyeuse troupe pour clore la soirée. Bien que marié à sa fidèle Herminie, le compositeur aimait, à l’image du Baron de Gondremarck, s’en fourrer jusque-là. L’érotisme à peine déguisé de certaines de ses compositions en témoigne. Ainsi ce duo du rêve où le prince Pâris presse Hélène de se dévêtir pour mieux comparer sa beauté à celle de Venus. Tatiana Probst oublie le temps de ce morceau sa tessiture de soprano pour donner la réplique à Franck Cassard sans nous convaincre du bien-fondé de la substitution. Sans doute était-il nécessaire d’équilibrer la répartition des numéros mais la romance d’Antonia dans Les Contes d’Hoffmann nous a paru mieux convenir à sa vocalité naturelle.

Le rôle d’Hélène fut conçu en fait aux mesures d’Hortense Schneider aujourd’hui parfaitement adaptées à la voix d’Eléonore Pancrazi. À voir et écouter cette jeune mezzo-soprano corse croquer à pleine dents un « ah, que j’aime les militaires » gourmand, on comprend ce qui fit le succès de la belle Hortense : un timbre pulpeux, des couleurs dont le chatoiement est un appel au vice, une prononciation toujours intelligible, du tempérament et surtout une juste maîtrise d’un style où en faire trop est tout aussi déconseillé que de ne pas en faire assez.

Les quatre complices se rejoignent en bis dans « On est grand par l’amour », ultime numéro des Contes d’Hoffmann. Quatre ? Non, cinq, car il serait dommage d’oublier au piano Antoine Palloc, comme toujours à sa juste place qu’il s’agisse de faire rire, sourire chanter, danser, grincer ou pleurer la musique de celui qui aujourd’hui est bien moins le « Petit Mozart » que le « Grand Jacques ».

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