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De Rameau à Ravel — La Côte-Saint-André

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Spectacle
26 août 2022
L’artifice, le triomphe et la magie

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Détails

Jean-Philippe Rameau

Daphnis et Eglé, suite tirée de la pastorale héroïque

Hector Berlioz

Cléopâtre, H 36 (*)

Maurice Ravel

Daphnis et Chloé, symphonie chorégraphique

Joyce Di Donato, mezzo soprano (*)

Les Siècles

Direction musicale

François-Xavier Roth

La Côte Saint-André, Festival Berlioz, Château Louis XI, lundi 22 août, 21 h

Concert retransmis par Radio-Classique le dimanche 28 août

L’idée était séduisante de réunir trois œuvres représentant la quintessence de la musique française, où Daphnis enlace…les Nuits d’été, à travers Rameau, puis Ravel. Las, le programme pose la question de savoir si une même formation orchestrale peut également jouer ces deux derniers, à la faveur de quelques changements et de l’ajout d’instruments en fonction des styles. De la pastorale héroïque de 1753 ne subsiste qu’une suite de danses (ce que ne mentionnait pas le programme). L’effectif est surabondant (flûtes et bassons par 4, cordes en proportion), instruments de facture ancienne ou moderne mêlés, pour une lecture très convenue, même si les musiciens jouent debout, proche de ce que faisaient avec bonheur Bernard Wahl et l’orchestre de chambre de Versailles, trois fois moins nombreux, il y a cinquante ans. C’est élégant, dansant, mais si loin de l’esprit que mieux vaut oublier.

Elle aime Berlioz et le sert partout avec un engagement total. Joyce Di Donato apparaissait pour la première fois au Festival. Sa venue avait motivé, à juste titre, le public le plus nombreux. Abordée à Chicago, cette Mort de Cléopâtre est vécue avec une intensité et une sensibilité des plus ardentes. Tout Berlioz est là dès les premières notes de l’orchestre, somptueux, nerveux, contrasté, coloré à souhait. Comment ne pas être bouleversé par le récitatif de la femme humiliée et désespérée ? Les moyens sont exceptionnels, des incroyables graves aux aigus projetés, au service d’une tragédienne hors-pair. La voix sait se faire caressante, d’une douceur infinie, avec quelques bois, d’un admirable legato, comme imprécatrice véhémente, au cri désespéré. Shakespeare veille au grain, derrière le librettiste. Chacune des arias atteindra des sommets, et on ne sait qui y participe le mieux, de la cantatrice à l’orchestre et à son chef. Le souci constant du texte – toujours intelligible et vécu avec une absolue sincérité – un organe exceptionnel, guidé par l’intelligence du rôle, pour elle, le soin mis par François-Xavier Roth à équilibrer, à doser avec soin, à modeler les phrasés, à conduire ce destin inexorable forcent l’admiration. Chaque passage appellerait les commentaires les plus élogieux. Lorsque Cléopâtre va mettre fin à ses jours, la vérité musicale et dramatique, les silences, les phrases interrompues qui vont se perdre dans le registre le plus grave nous empoignent, comme les dernières pulsations de son cœur que l’orchestre nous fait entendre, avant que l’ultime accord, tourmenté, grave ce souvenir dans nos mémoires. Le public se retient longtemps d’applaudir, tant l’émotion est profonde, et fait ensuite un triomphe pleinement mérité à Joyce Di Donato, François-Xavier Roth et aux musiciens des Siècles.

Après ce moment exceptionnel, la césure de l’entracte est bienvenue pour permettre d’apprécier Daphnis et Chloé, « symphonie chorégraphique » plus que simple ballet. Le livret de Fokine, inspiré de Longus, ne présente guère d’autre intérêt que d’avoir motivé Ravel à suggérer cette Antiquité revue à travers le prisme du XVIIIe siècle. L’ignorerait-on que la subtilité de l’usage que le compositeur fait de l’orchestre, à nulle autre pareille, suffit à susciter l’intérêt de l’auditeur. Autant le Daphnis et Eglé nous avait laissé sur notre faim, autant cette ample pièce, trop rare au concert, nous comble de bonheur. La vigueur, la poésie, la sensualité s’y conjuguent pour nous valoir d’admirables tableaux animés. Toujours cela respire, vit, frémit, se déchaîne… L’orchestre sonne de mille feux, avec des bois admirables. La luxuriance, la légèreté, l’ivresse dionysiaque, l’onirisme, la versatilité, tout est là, servi par une phalange virtuose et un chef d’exception. On en redemande.

 

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Daphnis et Eglé, suite tirée de la pastorale héroïque

Hector Berlioz

Cléopâtre, H 36 (*)

Maurice Ravel

Daphnis et Chloé, symphonie chorégraphique

Joyce Di Donato, mezzo soprano (*)

Les Siècles

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Concert retransmis par Radio-Classique le dimanche 28 août

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