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Verdi et Wagner sur le ring : doucement les basses !

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Anniversaire
24 juin 2013

Infos sur l’œuvre

Détails

  Theo Adam © DR
 

 

 

 

Simon Estes © DR
 

Cesare Siepi © DR
 

  René Pape © DR
 

 

Verdi et Wagner sur le ring : doucement les basses !
par Christophe Rizoud

Hagen (…) est un rôle fantastique,
particulièrement délectable bien sûr,
puisqu’il donne l’opportunité de tuer
le ténor et le baryton sur scène en un seul acte.

(Eric Halfvarson)

 

 

 
S’il est a priori un terrain neutre, sur lequel ni Verdi, ni Wagner ne cherchèrent à poser leur empreinte, c’est celui des basses. Autant nos deux colosses plièrent les autres types vocaux à leur volonté dramatique, autant la voix d’homme la plus grave ne semble pas avoir stimulé leur imagination. Qu’est-ce qu’une basse la plupart du temps, chez Verdi comme chez Wagner ? Un roi, un prêtre, un subalterne, au mieux un salaud.

« Il faut un don particulier pour exercer le pouvoir », disait François Mitterrand. Dans l’opéra verdien et wagnérien, ce don semble être celui des profondeurs : se montrer capable de descendre au plus bas de la portée, au moins jusqu’à Fa1, voire encore en dessous. Du Feenkönig à Titurel, d’Oberto à Ramfis, tous les souverains jouent dans la même catégorie, la plus abyssale selon la classification vocale en vigueur aujourd’hui. Cela ne serait pas bien grave – c’est le cas de le dire – si nos monarques n’étaient la plupart du temps relégués aux fins fonds de l’affiche, astreints aux utilités, comme si leur tessiture les condamnait à tout jamais à l’obscurité. Prenons par exemple un des opéras les plus emblématiques de Verdi : Aida. Qui sont les basses ? Le Roi d’Egypte et Ramfis, soit les potentats religieux et politique. Quel est leur rôle ? Minime, réduit à quelques répliques pour le premier, guère plus étoffé pour le second, loin derrière Aida, Amneris, Radamès et Amonasro, respectivement soprano, mezzo-soprano, ténor et baryton. Même exercice, chez Wagner. La première basse dans Lohengrin est Heinrich der Vogler, le roi de Germanie, qui, si souverain soit-il, passe par ordre d’importance après ses petits camarades. Tenir le haut du pavé en occupant une position subalterne, tel est le paradoxe vécu par la plupart des basses wagnériennes et verdiennes.
 
Tous cependant ne sont pas logés à la même enseigne. Certains dans le lot s’en sortent mieux que d’autres : le roi Marke (Tristan und Isolde) et Philippe II (Don Carlos) évidemment mais pas seulement. Les opéras de jeunesse de Verdi et de Wagner offrent aux hommes de pouvoir quelques rôles d’importance. Par exemple : Oberto, Attila, Zaccharia (Nabucco), Friedrich (Das Liebesverbot), Steffano Colonna, Paolo Orsini (Rienzi)… Comme si les deux compositeurs, à l’aube de leur carrière, avant de décider de la place qu’ils accorderaient à leurs primats, avaient voulu les mettre à l’épreuve. Une période d’essai en quelque sorte, qui dans les deux cas semble ne pas s’être avérée concluante.

Il y a aussi la valetaille, les seconds couteaux, les hérauts et les novices, ceux auxquels le livret réserve une ou deux réparties, hommes de l’ombre dont la vocalité va de paire avec la condition.  

Puis, il y a tous les méchants, les âmes damnés auxquelles il faut une tessiture aussi sombre que leurs desseins : Jacopo Loredano (I due Foscari), Silva (Ernani), Wurm et Walter (Luisa Miller), Sparafucile (Rigoletto), Samuel et Tom (Un Ballo in maschera), Jacopo Fiesco et Paolo Albiani (Simon Boccanegra), Fafner (Rheingold et Siegfried), Hunding (Die Walküre), Hagen (Götterdammerung), etc. Ceux-là tirent mieux leur épingle du jeu. Le crime, chez Verdi comme chez Wagner, paie. La rançon de leurs exactions ? Des portraits  fouillés et des interventions, même brèves, toujours marquantes.

Pourtant, on aurait tort de penser que la voix de basse intéressait si peu nos deux géants de l’opéra qu’ils la réservaient aux rôles secondaires et aux malfrats. Au contraire, au fur et à mesure de leur évolution, Verdi et Wagner ont, comme pour les autres catégories vocales, voulu explorer les possibilités offertes par la plus grave d’entre elles. Les opéras de la maturité – Simon Boccanegra, Don Carlos, Der Meistersinger von Nürnberg, Parsifal… – élargissent le champ des possibles. Il est intéressant d’observer les deux compositeurs, de manière non concertée mais simultanée, travailler les tessitures les plus sombres comme le fera dans ses tableaux un siècle plus tard Pierre Soulages. Inventer de nouvelles couleurs et de nouvelles textures, modeler le son, moduler l’émission, maintenir la profondeur du grave et en même temps solliciter de plus en plus l’aigu, tendre la ligne pour finir, dans ce duel, à égalité. A force de tirer sur la corde des basses, Verdi et Wagner en ont fait des barytons.

Pour corroborer le match nul, on remarquera que les grandes voix de basse sont autant wagnériennes que verdiennes. Ecoutons dans le désordre Theo Adam qui de Wagner étendit son répertoire à Verdi ; Gottlob Frick, pilier de Bayreuth et à ses heures perdues Padre Guardiano ; Jerome Hines dont on vantait  l’interprétation de Gurnemanz et du Grand Inquisiteur ; Kurt Böhme qui chantait Fafner et Walter ; Robert Lloyd, Daland, Heinrich der Vogler mais aussi Fiesco et Ramfis ; Simon Estes qui fit ses débuts à Berlin en 1965, dans le rôle de Ramfis, et à New York en 1982 dans le rôle du Landgrave de Tannhäuser ; Matti Saminen, Philippe II en 1995 et l’année suivante Hunding, Fafner et Hagen à Chicago ; Cesare Siepi, grande basse verdienne s’il en est, dont la dernière prise de rôle au Met en 1970 fut Gurnemanz ; Boris Christoff qui à la Fenice commença par chanter non pas Philippe II mais le Roi Marke, ou plus près de nous René Pape, capable lui aussi de ceindre la couronne d’Espagne et de Cornouailles.
>> A consulter le site des basses  : http://droubaud.perso.neuf.fr/david/basses/

Les rôles de basse chez :

  • Richard Wagner
  • Die Feen : Le Roi des fees, Gernot, Harald
  • Das Liebesverbot : Friedrich, Brighella, Antonio, Danieli
  • Rienzi : Steffano Colonna, Paolo Orsini, Cardinal Raimondo Orvieto, Cecco del Vecchio
  • Der Fliegende Holländer : Daland
  • Tannhäuser : Landgrave Hermann de Thuringe, Biterolf
  • Lohengrin : Heinrich der Vogler, Der Heerrufer
  • Tristan und Isolde : Roi Marke
  • Der Meistersinger von Nürnberg : Veit Pogner, Hans Schwarz, Hans Folz, Ein Nachtwächter
  • Das Rheingold : Fafner
  • Die Walküre : Hunding
  • Siegfried : Fafner
  • Götterdämmerung : Hagen
  • Parsifal : Titurel, Gurnemanz
  • Giuseppe Verdi
  • Oberto, conte di San Bonifacio : Oberto
  • Un giorno di regno : Baron Kelbar, La Rocca
  • Nabucco : Zaccaria, Grand Prêtre de Baal
  • I Lombardi alla prima crociata : Pagano, Acciano, Pirro
  • Ernani : Don Ruy Gomez de Silva, Jago
  • I due Foscari : Jacopo Loredano
  • Giovanna d’Arco : Talbot
  • Alzira : Alvaro, Ataliba
  • Attila : Attila, Leone
  • Macbeth : Banco, Un docteur, un Assassin, un serviteur, un héraut
  • I Masnadieri : Massiliano, comte Moor
  • Jérusalem : Roger, Ademar de Montheil, Soldat, Héraut, Emir de Ramla
  • Il Corsaro : Giovanni
  • La battaglia di Legnano : Federico Barbarossa, Consuls de Milan, Maire de Côme
  • Luisa Miller : Comte Walter, Wurm
  • Stiffelio : Jorg
  • Rigoletto : Sparafucile, Comte Monterone, Comte Ceprano
  • Il Trovatore : Ferrando
  • La Traviata : Docteur Grenvil, Marquis d’Obigny
  • Les Vêpres siciliennes : Jean Procida, Sire de Béthune, Comte de Vaudemont
  • Simon Boccanegra : Jacopo Fiesco, Paolo Albiani, Pietro
  • Aroldo : Briano
  • Un Ballo in maschera : Samuel, Tom
  • La forza del destino : Il Padre Guardiano, Alcade
  • Don Carlos : Philippe II, Grand Inquisiteur, Un Moine
  • Aida : Le Roi d’Egypte, Ramfis
  • Otello : Lodovico, Montano
  • Falstaff : Pistola

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