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Orange amère, chronique d’un désastre

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Humeur
17 juillet 2008

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En guise de prologue

Ce qui fait le charme incomparable des spectacles en plein air en est aussi le plus grand inconvénient…

Il y a des fois où l’exercice du compte-rendu festivalier peut tourner au récit d’un naufrage. Ce n’est à coup sûr jamais facile à reconnaître, mais il y a aussi, du même coup, des moments dans l’existence d’un mélomane où, le dégoût aidant, on se demande bien pourquoi on continue de défendre envers et contre tout – contre tous, parfois – un monde finalement pas si recommandable.

Il n’y aura pas de compte-rendu de la Carmen d’Orange, cette année. Parce que Carmen, cru 2008, dans le Théâtre antique, c’est un peu l’Arlésienne qui serait tombée dans le Rhône. Recueilli le lendemain, le corps de la noyée ne semble pas avoir suscité d’émoi particulier, si j’en juge par ce que j’ai lu. Mais moi, je n’étais pas là ; plus là. Alors je me contenterai de parler de ce que j’ai vu. D’un drame en trois actes ; ou plutôt en trois questions.

Mais où sont passées les conditions générales de vente ?

10 ans de festival, cela se déguste. Cette année, je suis donc allé à Orange en famille. Avec mère, grand-mère… Bref, déjà toute une histoire. Et, pour profiter du spectacle en leur compagnie, je n’avais pas sollicité de place presse. En somme, j’étais dans la position d’un spectateur lambda, ce qui m’arrive parfois mais pas si souvent. Et je plains sincèrement ledit spectateur !

Ce n’est un secret pour personne, Carmen cette année a été inondée. Trombes d’eau sur Orange ; vent, tonnerre et tout le saint Frusquin ! Ce n’est un secret pour personne ; et même pas une surprise, puisque tous les voyants étaient au rouge depuis pas mal de temps sur tous les sites internet de météorologie… et même ceux pour qui la météo consiste vaguement à scruter dans le fond d’un filtre à café !

Ceci dit, cela ne devait pas être si évident pour tout le monde ; il reste sur terre, apparemment, des organisateurs optimistes… ou juste inconscients ! Je ne sais pas et, pour être franc, je m’en fiche pas mal. Je ne vois que le résultat.

Saviez-vous, vous, qu’en cas de report d’un spectacle des Chorégies d’Orange, vous étiez astreint à assister au dit report, faute de quoi vos billets ne vous seraient pas remboursés – sauf à compter sur une hypothétique seconde annulation ? Moi pas ! Je pensais que l’on bénéficiait d’une forme de choix. C’est un drame d’être un brave garçon naïf, croyez-moi ! On appelle cette clause, sur les billets, les « Conditions Chorégies ». Qu’avec de jolis mots cela est dit ! Et savez-vous pourquoi je ne m’en étais jamais plus occupé que ça ? Simplement parce que ce genre d’information n’est pas facile à trouver. Parce que vous ne la trouverez pas sur vos billets achetés dans une grande enseigne que tout le monde connaît mais dont je ne dirais pas le nom – ben, non ! pas de publicité. Parce que vous ne la trouverez pas, non plus, sur le livret des Chorégies. En fait, ce que sont les « Conditions Chorégies » – non vraiment, cette expression est trop belle, il faut que je la replace – vous ne le saurez qu’en consultant le site internet du festival ; ce qu’évidemment ma grand-mère de 85 ans avait tout loisir de faire avant d’acheter nos quatre places ! Bref, prévoyez toujours de pouvoir payer une nouvelle nuitée d’hôtel. C’est tellement évident, après tout !

Mais ce n’est pas tout…

La série K est-elle accessible aux personnes à mobilité réduite ?

C’est le genre de questions que l’on ne se pose pas. Et on a tort. Parce que quand comme les miens, vos déplacements en famille ressemblent à un convoi sanitaire vous risquez de graves déconvenues.

Donc, non, la série K n’est pas forcément accessible aux personnes à mobilité réduite. Cela non plus, vous ne le trouverez indiqué nulle part ! Des gradins que même moi j’ai du mal à monter ; pas de marches intermédiaires. On y gagne une place – il n’y a pas de petit profit ; mais on risque bien d’y perdre du public. Et là où d’autres festivals – les Nuits de Fourvière, par exemple – vous proposent spontanément un accès facilité à la seule vue d’une canne, à Orange il vous faudra traîner tout votre convoi dans les marches – quel poème cette chaîne qui sert de rampe ; d’ailleurs, est-ce bien réglementaire ? Tout cela sans rien dire ! Et ne vous avisez pas de demander de la lumière ; le vigile vous répondra que les Romains n’avaient pas l’électricité, qu’ils s’en accommodaient très bien et que les visites du théâtre n’étaient pas prévues en soirée – véridique !

De là la dernière question…

De qui se moque-t-on ?

Du public assurément, puisque c’est lui qui pâtit le plus de toute cette désorganisation. Du public, forcément, auquel de gentilles ouvreuses pas franchement à l’aise demandent à quel rang il se trouve, une fois assis – véridique aussi. Du public, auquel ces mêmes charmantes jeunes femmes un peu dépassées par les événements indiquent de s’installer « là où il reste de la place » ! Du public que l’averse prévisible ne dissuade pas de rentrer puisqu’on l’y invite ! Du public réduit à se poser les fesses dans quelques centimètres d’eau puisque, apparemment, rien n’a été prévu en amont ! Du public, enfin, forcé de quitter le Théâtre alors que la logique – ou la décence, mais nous n’en parlons même pas ; ou la prudence – aurait voulu qu’il n’y entrât pas !

On se moque du public que l’on ne remboursera pas ; on se moque de ce même public qui a copieusement – c’était tellement mérité et tellement jouissif, sincèrement – hué ce staff mercantile !

Parce que, oui, il s’agit bien ici d’argent. D’argent évidemment. D’argent toujours. Où est l’art dans cette histoire ? Le respect du public ? Ailleurs sans aucun doute, mais pas à Orange ! Et certainement pas dans l’esprit de ces petites gens qui ont manié des foules comme on déplace des pions. Insouciance ou incompétence : quelle est la meilleure option ?

Il faut se méfier d’un spectateur déçu…

Je refuserai, désormais, de payer une place pour assister aux Chorégies d’Orange, d’engraisser ce système, de l’encourager, à moins d’avoir une invitation presse, parce que – et c’est un paradoxe sympathique – on est nettement mieux traité, en ces lieux, lorsque l’on ne paie pas !

Benoît BERGER

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