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José van Dam vu par quelques amis

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Actualité
27 mai 2010

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   Renée Auphan

Lorsque j’ai connu José van Dam à Marseille il n’avait que 24 ans. A l’époque, il incarnait Escamillo dans la très célèbre Carmen de Bernard Buffet. José avait une voix superbe sauf que sur scène il se contentait uniquement de chanter le rôle au grand désespoir de Louis Ducreux, qui le mettait en scène. Je n’avais jamais rencontré un être aussi timide que lui, et qui se trouvait dans l’incapacité de s’extérioriser. Résultat, il chantait magnifiquement mais il lui manquait le jeu d’acteur.

J’ai longtemps gardé de lui ce souvenir un peu frustrant, jusqu’au film Don Giovanni de Losey, où j’eus la surprise de découvrir en lui, l’acteur le plus subtil que l’on puisse rêver. Il jouait le rôle de Leporello. José était devenu un comédien d’un talent rare avec ce timbre de voix toujours unique.

A cet instant, j’ai rêvé pour lui du rôle de Don Giovanni et c’est Gérard Mortier à Bruxelles qui le lui a offert. J’ai obtenu par la suite qu’une reprise de ce spectacle très coûteux, ait lieu à Lausanne dont je dirigeais l’Opéra. Ce fût un grand succès et mon premier déficit ! Je n’oublierai jamais ce Don Giovanni. A cette occasion José m’a fait pleurer deux fois. Un exploit car je n’ai pas la larme facile.

Le soir de la Première avec la sérénade. Tout était tellement beau, nuancé, plein, chaleureux, caressant. J’avais tellement rêvé d’entendre cela une fois dans ma vie que je me suis mise à pleurer dans ma loge. Du reste, j’ai longtemps pleuré d’émotion.

Trois jours auparavant, pendant les répétitions, José m’avait fait hurler et pleurer de rire (à tel point que j’avais dû m’asseoir et me rouler par terre dans le hall du théâtre au cours d’une pause) en me racontant des histoires belges et des histoires vraies de l’Opéra de Marseille, qu’il connait et dit mieux que personne.

Pour terminer, voici à mes yeux la double personnalité de José : pêcheur d’oursins mais tireur d’élite, timide mais redoutable séducteur, impassible et tordant, conducteur infatigable et cavalier accompli, répugnant à « faire l’acteur » et devenu l’un des meilleurs, anobli au titre de baron tout en tenant à son état de prolétaire.

 

   Maciej Pikulski, pianiste

J’ai toujours trouvé que José était quelqu’un de profondément gentil… J’ai une belle anecdote à propos de cette légendaire gentillesse et simplicité, qui me touchent depuis toujours. A la fin des années 1990 nous avions un récital quelque part aux USA, je ne me rappelle plus si c’était à San Francisco ou Los Angeles. Une dame de l’organisation, chargée de  s’occuper des artistes est venue nous chercher un matin à l’hôtel, pour nous emmener dans la salle de concert, pour la répétition. A mi-chemin, alors que nous passions par  un quartier peu fréquentable, la voiture de cette dame est soudainement tombée en panne. Nous sommes tous deux sortis de la voiture et nous attendions que la dame ait trouvé une solution. Elle était très embêtée, presque paniquée, toute pale, culpabilisant de retarder une star comme José van Dam, qui plus est au milieu d’un quartier un peu dangereux. En effet, une star du chant, plus diva que José, se serait sûrement fâchée de cette situation, mais moi je connaissais José. Savez-vous ce qu’il a fait pour déstresser cette dame, et lui montrer que cet incident n’était pas si grave ? Il sifflotait. Oui, il était là, sur le trottoir, à siffloter, comme s’il était en simple promenade. Et la dame s’est vite calmée et a réussi à appeler un taxi pour nous emmener dans la salle de concert. C’était adorable de la part de José, n’est pas ? Cet événement m’est resté en mémoire depuis toutes ces années, comme une preuve de son caractère gentil et conciliant.

   Béatrice Uria-Monzon

J’avais, avant de chanter aux côtés de José van Dam l’image, bien sûr, d’un grand artiste, mais aussi d’une personne sérieuse et profonde… ce qu’il est d’ailleurs. Mais je ne soupçonnais pas son sens de l’humour, plutôt développé comme le démontre cette anecdote qui reste dans nos mémoires à tous deux. Elle date de 2005, à Orange. C’était la toute première fois que je le rencontrais, pour chanter avec lui dans Les Contes d’Hoffmann. Peu avant une première répétition, nous nous croisons dans le théâtre antique. José m’aborde en disant le plaisir tout particulier qu’il aura à chanter avec moi, à la fin de l’acte de Venise, le « grand duo » entre Giulietta et Dapertutto… Duo rarement donné, que je ne connaissais pas et dont personne ne m’avait parlé en vue de cette production ! Moins de 8 jours avant la première, pour apprendre ce duo… Vous imaginez la surprise. Je l’ai cru, évidemment et je n’ai jamais imaginé que José plaisantait… jusqu’à ce que je le lise dans ses yeux…

Par delà l’anecdote, José est un collègue toujours égal d’humeur, drôle, avec qui il est extrêmement agréable de discuter et de passer du temps !

 

   Gérard Corbiau, réalisateur

« Il ne faut pas se prendre au sérieux -se plait-il à répéter -seul l’Art est à prendre au sérieux ! ». Tout José van Dam est dans cette phrase toute simple.

 

Un jour, mon épouse et moi lui avons parlé d’un projet cinématographique: c’était le Maître de Musique. La réponse fut « oui », tout de suite. Oui à une douce folie ! Il aimait notre désir, notre passion l’intéressait. Et pourtant, l’opération était horriblement hasardeuse. Pour preuve, les cinq années passées à défendre ce projet que personne ne voulait produire. Il aurait pu s’en désolidariser. Il avait donné sa parole, il ira jusqu’au bout. Cette fidélité, si rare dans nos milieux artistiques, est une autre caractéristique de ce « grand de chez nous ».

Pour en avoir longuement parlé avec lui, je sais qu’il eut très peur, peur de ne pas être à la hauteur, peur de décevoir… Et pourtant, le miracle opéra : la caméra l’a aimé ; l’homme possède cette qualité rarissime faite de charisme et de photogénie qui lui ont permis d’accéder au rang des héros de cinéma.

Que de villes de par le monde lui firent un triomphe !… Et, fait assez rare au cinéma : dès les premier soirs, dans les salles, on applaudissait. L’austère personnage qu’il incarna avec tant d’humanité avait conquis les cœurs.

 

   Teresa Berganza

Mon José adoré,

Merci pour tout ce que tu nous as donné. La beauté de ta voix, ton art du chant, ta sincérité.

Merci aussi pour ton art de vivre et de rendre le public heureux, ainsi que tous ceux qui ont eu la chance de chanter à tes côtés.

Tu sais que je t’aime.

________

 

Propos recueillis par Jean-Philippe Thiellay
avec l’aide de Raphaëlle Duroselle

 

 

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