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Cinq questions à Sabina Puértolas

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5 questions
16 février 2012

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Entre Espagne et Italie, Sabina Puértolas se fait peu à peu une place au soleil. Remarquée pour son interprétation de Poppée chez Monteverdi, elle faisait également partie de la distribution d’Ariodante le 23 mai dernier au Théâtre des Champs Élysées aux côtés de Joyce DiDonato. On la retrouve dans quelques jours au même endroit en Leocasta de Giustino, un opéra de Vivaldi*. Rencontre avec l’une des sopranos les plus prometteuses du moment.   

 

Vous avez commencé par étudier le piano, qu’est ce qui vous a menée à l’art lyrique ?

 

Dans ma ville [NDLR : Zaragoza], notre culture et notre folklore sont des choses très importantes. Lorsque j’avais 8 ans, j’ai commencé à chanter des Jotas espagnoles qui sont des chansons populaires typiques de ma région natale. C’est ainsi que j’ai pris l’habitude de chanter en public et de trouver ça naturel. Un an plus tard, je me suis inscrite au conservatoire alors que je n’avais jamais pensé étudier le chant… J’y suis allée par curiosité. Je n’aurais jamais cru y consacrer ma vie. J’étais une fille normale, dans une famille normale dans laquelle personne ne connaissait la musique.

Qu’est ce qui vous a poussée à faire du chant votre métier ? 
 

Je ne pense pas avoir choisi le chant, j’ai plus l’impression que c’est le chant qui m’a choisie : tout ce que j’ai eu à faire c’était de suivre un chemin. J’ai eu la chance d’être formée par des chanteurs extraordinaires, comme Victoria de Los Angeles ou Carlo Bergonzi. C’est grâce à « la grande Victoria » que j’ai finalement décidé de consacrer ma vie à l’art lyrique et d’arrêter mes études de biologie à l’université de Pampelune. En 1994, j’ai reçu une bourse qui m’a permis de partir étudier pendant quatre ans avec Carlo Bergonzi. J’étais très jeune à l’époque, et suivre ses cours en Italie m’a aussi permis de sortir de chez moi, et de connaître ce que l’on ressent lorsqu’on est loin de chez soi, seule dans un pays qu’on ne connaît pas, avec d’autres coutumes et une autre langue que la sienne. J’ai appris à chanter selon les principes de Bergonzi, à vivre la musique et à la sentir de l’intérieur. C’était un immense plaisir de travailler auprès de lui. Pour moi, tout a été facile et intéressant. Faire de la musique me rend tellement heureuse que ça devait être prédestiné.
 

Du baroque de Monteverdi (L’incoronazione di Poppea) au bel canto de Verdi (La Traviata), avez-vous un répertoire de prédilection ?
 

J’aime chanter, faire partie d’un scénario, d’une histoire, sentir ce que je fais. Je n’ai pas de prédilection, je profite pleinement de ma vie. J’apprends de nouvelles choses tous les jours. J’aime tout dans la musique, tout ce que j’ai chanté. C’est sensationnel d’avoir l’opportunité de jouer un répertoire si varié dans des théâtres du monde entier. Je n’ai pas vraiment le temps de penser à ce que je voudrais chanter, depuis deux ans, je travaille sans arrêt de nouvelles partitions. Pendant que je suis à Paris, j’étudie une nouvelle zarzuela, quand je suis à Madrid, un opéra de Vivaldi (NDLR : elle présentera Il Giustino en février 2012 au Théâtre des Champs), à Venise, un autre de Bellini… C’est une délicieuse folie. 
 

Comment vous préparez-vous avant une première ?
 

En ce qui concerne l’approche d’un nouveau personnage, je pense que la musique bien écrite aide à transporter ses propres sentiments dans une dimension plus dramatique. De plus, je vis ma vie de manière assez théâtrale, j’adore la vie du théâtre : vivre d’autres vies, c’est un luxe.Plus concrètement, avant un concert, je me promène, je me repose, je lis… En plus d’être chanteuse, je suis aussi épouse et maman, et lorsque je joue à Madrid, je dois aussi m’occuper de ma famille. Elle m’aide à garder les pieds sur terre. Lorsque je rentre de quarante jours passés à Paris ou à Liège, je ne peux pas me permettre d’être fatiguée, eux aussi ont besoin de moi.
 

Quel conseil donneriez-vous à la prochaine génération de chanteurs ?
 

Il faut vivre sa vie avant tout. Profiter de tout ce qu’on fait. C’est un luxe de se consacrer au chant mais ça demande de faire des sacrifices : on passe sa vie à étudier et à se préparer, c’est aussi un sacrifice pour sa famille… Quand celle-ci vous comprend et vous soutient, tout devient plus facile. Une grande partie de ce que j’ai accompli jusqu’à présent, c’est à mon fils et à mon mari que je le dois. Quand je reviens chez moi et que je les retrouve heureux de me voir, ça me tranquillise et ça me donne la force de continuer à faire ce que j’aime le plus : Chanter. 

Propos recueillis par Elise Haddad

* VIvaldi : Il Giustino, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, 24 février (plus d’informations)

 

Sabina Puértolas © DR

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