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Cinq questions à Carlo Colombara

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5 questions
16 mai 2011

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La basse italienne Carlo Colombara, de passage à Bruxelles pour une version concertante de Nabucco (rôle de Zaccaria), se prête aimablement depuis sa loge au Cirque Royal au jeu de nos cinq questions.

   

 

 

Quel bilan faites-vous de deux décennies de carrière internationale ?

 

Nul doute que mon bilan est positif, car je peux vivre du métier que j’ai toujours voulu exercer. Cette grande passion pour l’opéra a pu se réaliser grâce aux études et à la volonté. J’ai la chance de pouvoir évoluer à un haut niveau d’excellence avec des chefs d’orchestre, des collègues chanteurs et des metteurs en scène de tout premier plan. Je n’ai pas interrompu mes études musicales comme d’aucuns pourraient le penser, au contraire j’y consacre toujours plus de temps ! En effet, pour atteindre le niveau de prestation que j’avais à 25 ans, je dois travailler davantage : la maîtrise de soi est capitale, car elle permet de se maintenir au sommet malgré les vicissitudes de la vie. Je citerai trois éléments qui jalonnent mon parcours : l’étude régulière, l’autocontrôle et l’autocritique. Il faut pouvoir prendre conscience de ses propres défauts et éviter de trop se féliciter de ses mérites artistiques ! Cela s’appelle le professionnalisme …

 

Comment votre histoire d’amour avec le répertoire verdien est-elle née?

 

Une histoire d’amour, oui mais surtout une histoire d’amour heureuse, puisqu’elle est d’actualité ! Il est vrai que j’ai toujours été attiré par le répertoire verdien. Pour une question selon moi beaucoup moins de choix que de nature vocale. En effet, ma voix possédait d’emblée toutes les caractéristiques nécessaires à ce type de répertoire : la rondeur, la couleur et surtout, la qualité du legato. Avec Giuseppe Verdi, nous sommes encore dans le belcanto. J’ai donc cette chance de pouvoir aborder les opéras de mon compositeur préféré, c’est la raison pour laquelle je peux me déclarer pleinement heureux dans ma carrière. Giuseppe Verdi ne m’a jamais trahi (rires), ses opéras non plus et notre public, encore moins !

 

Quel est votre rôle préféré ?

 

Plutôt qu’un rôle préféré, j’ai dans mes tiroirs une série de personnages qui m’interpellent. Ils revêtent une dimension introspective, une forte intériorité, qu’elle soit historique ou dramatique. Bref, il s’agit de figures qui s’appuient sur un véritable vécu. Après plus de 20 années de carrière, des rôles tels que Zaccaria, Oroveso (Norma) ou encore, Ramfis (Aida), me procurent moins de satisfaction que d’autres, plus introspectifs. Au rang de ceux-ci, je citerai Henry VIII (Anna Bolena, prochainement à l’Opéra de Zürich), Philippe II (Don Carlos) ou le rôle-titre de Mefistofele, qui sont beaucoup plus complexes. Ils permettent une plus vaste palette de nuances et s’agissant de personnages historiques emblématiques, la poussée d’adrénaline sur scène en est redoublée.

 

Quel rapport entretenez-vous avec les metteurs en scène ?

 

Selon moi, les metteurs en scène devraient principalement veiller à ne pas offenser les compositeurs, le public et les chanteurs ! Je suis tout à fait ouvert aux idées nouvelles, aux créations musicales et aux mises en scène révolutionnaires, pour autant qu’il y ait une forme de respect. Un opéra du répertoire ne peut être transformé en pièce contemporaine. La musique lyrique ne doit pas être utilisée aux fins de la seule ambition des metteurs en scène. Très souvent, ils s’attachent à monter des productions qui suscitent les sifflets du public : cela leur apporte de la publicité, puisque forcément, on parle d’eux. Ce succès injustement remporté se fait au détriment d’autres personnes qui, elles, travaillent honnêtement en cherchant de garantir un niveau et une identité artistique correcte. Je trouve cela profondément injuste. Je verrais le juste équilibre dans la réactualisation d’une production, plutôt que dans sa modernisation. Est-il judicieux de révolutionner complètement la trame et le livret ? Sans répéter à l’envi ce qui a déjà été fait, il suffit d’actualiser, en apportant sa touche d’originalité certes, mais sans trahir le livret et surtout, le public qui paie très cher sa place à l’opéra.

 

Dans quelques jours débute la prochaine édition du Concours Musical International Reine Elisabeth consacré au chant. Que pensez-vous de l’utilité d’un tel concours?

 

Je connais bien le concours Reine Elisabeth que je considère comme particulièrement exigeant. De passage à Bruxelles pour des représentations, j’ai pu suivre de près ses dernières éditions, en assistant notamment au déroulement des épreuves. En tant que témoin privilégié, je peux vous garantir qu’il s’agit d’un concours difficile et très important. Il fait de ses lauréats de véritables musiciens. En général, les concours ne devraient pas se limiter à la remise d’une récompense financière. Il est capital que les lauréats aient la possibilité de débuter dans un rôle ou de prendre part à une production lyrique spécialement montée à leur attention. En effet, ce n’est que sur les planches qu’un artiste lyrique sera véritablement jugé: un chanteur n’est pas seulement une voix, de la musicalité et une présence. Il doit être capable d’évoluer à la scène tout en garantissant à sa voix la même sonorité, la même qualité et la même assurance que lorsqu’il donne un récital ou un concert. J’ai eu la chance de remporter le concours As.Li.Co. de Milan: il m’a ainsi offert la possibilité de débuter à la scène. Selon moi, un concours devrait pouvoir garantir à ses lauréats un premier engagement : cela leur permettrait de prouver qu’ils ne sont pas seulement aptes à remporter un prix, mais qu’ils sont en mesure de faire ce beau métier. L’avenir des concours sera assuré, aussi longtemps que les lauréats auront la possibilité de participer immédiatement après à une première production lyrique.

 

Propos recueillis et traduits de l’italien par Claude-Pascal Perna

Bruxelles, le 30 avril 2011

Carlo Colombara © DR

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