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Crazy Girl Crazy – Barbara Hannigan

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CD
25 septembre 2017
Vraiment fou !

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Détails

Luciano Berio
Sequenza III, per voce feminile

Alban Berg
Lulu-Suite

George Gershwin (arr. Bill Elliott)
Girl Crazy Suite

complété par
Mathieu Amalric
Music is music

Direction musicale et voix
Barbara Hannigan

Ludwig Orchestra

Enregistré en 2016 à Amsterdam
1 CD Alpha Classics Alpha293 – 57’23 »

On ne compte plus les performances ébouriffantes de Barbara Hannigan. Non contente de se consacrer à la seule création de rôles du répertoire contemporain, ni de reprendre avec brio les joyaux du répertoire du 20e siècle, il lui fallait oser encore un peu plus. Le Web la découvrait ainsi en 2013 cheffe d’orchestre et chanteuse, dans la vidéo maintenant culte de son interprétation des Mystères du Macabre de Ligeti (en tenue SM). La performance fait mouche et la chanteuse réussit son défi : ouvrir les voies de la musique contemporaine au public le plus large. Cette double casquette de cheffe-chanteuse semblant lui plaire de plus en plus, nous la retrouvons  dans son dernier défi en date : l’album Crazy Girl Crazy, paru chez Alpha Classics. Pour l’occasion, un court-métrage de Mathieu Amalric donnera même à voir la performance se dérouler en image sous nos yeux. 

Lors de son interview avec notre confrère Laurent Bury, la chanteuse canadienne justifiait le rapprochement entre Berg et Gershwin de la façon suivante: « La Lulu Suite se termine par la phrase de la comtesse Geschwitz, et pour moi, la suite d’après Gershwin commence par l’équivalent de Geschwitz, puis on remonte en arrière dans la vie de Lulu, avec ces fêtes débridées, cette euphorie de la danse et ce sentiment de solitude ». Ainsi soit-il, la Girl Crazy Suite sera donc le penchant américain de la Lulu-Suite. Constatons avant tout que l’orchestration de Bill Elliott reprend les instruments caractéristiques de l’orchestre de Berg : saxophone alto, cor anglais, piano et harpe sont largement utilisés pour les solos. L’auditeur attentif reconnaitra par ailleurs quelques trouvailles instrumentales empruntées à Lulu : les quintes de célesta dans « Embraceable You » font écho au vibraphone de la « Chanson de Lulu », l’atmosphère étrangement tendue du début de « I Got Rhythm » aurait pu être le fruit de la Seconde école de Vienne si ce n’était pas une citation de Ligeti, et les deux suites laissent une part importante à la musique de cabaret.

Vocalement, Barbara Hannigan tire une fois de plus son épingle du jeu. Même si l’écriture plutôt rustaude de Gershwin met ses graves à l’épreuve, la chanteuse dispose de l’enthousiasme nécessaire pour gagner l’approbation de celui qui l’écoute et pour électriser les musiciens de son orchestre. La Lulu-Suite, sorte de condensé de l’opéra inachevée de Berg, ne laisse tout compte fait qu’un terrain de chasse limité à la voix. Si la « Chanson de Lulu » ne s’étale sur plus de deux octaves, elle ne dure que moins de trois minutes, et la lamentation de la Comtesse Geschwitz est touchante par son intense brièveté. Pour l’interprète, il y a donc peu de temps pour convaincre son auditoire. Ici aussi, le pari est gagné pour Barbara Hannigan, qui avale sans broncher la quantité impressionnante de suraigus de la partition. Mieux encore, la musicalité de la chanteuse n’est pas non plus à remettre en question, à l’image de la complainte dans l’adagio qui ne laisserait pas de marbre le moindre assassin éventreur. 

Le tableau de Hannigan-cheffe est-il aussi élogieux? Dans Lulu, on saluera avant tout les couleurs moirées qu’elle tire de l’orchestre voluptueux de Berg. Cependant, on la sent par endroits un peu perdue au milieu de cette écriture capiteuse. Le rondo introductif tient bon, mais une tierce personne à la baguette équilibrerait certainement mieux les solos instrumentaux. N’était-ce cependant pas le prix inévitable de la réunion de chant et chef dans une telle partition ? Saluons en revanche les solos instrumentaux du Ludwig Orchestra, réuni au plus grand complet et obéissant au doigt et à la baguette de la soprano.

Pour conclure ce tableau, Barbara Hannigan a le chic de nous gratifier de la Sequenza III de Berio. Caprice de programmation ? Point du tout. Les relents amoureux de ce classique contemporain sont l’écho direct de la crazy girl Lulu, « follement éprise » de tous ses amants. Cette Sequenza est-elle également voulue comme un hommage à Berberian, muse de Berio et dédicataire de l’œuvre ? L’histoire ne le dit pas, mais Hannigan mérite dûment sa place aux côtés de l’autre diva assoluta de la musique contemporaine.

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