Forum Opéra

5 questions a Marc Mauillon sur Guillaume de Machaut

Partager sur :
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email
Partager sur print
5 questions
1 août 2022
5 questions a Marc Mauillon sur Guillaume de Machaut

Infos sur l’œuvre

Détails

Notre collègue Yvan Beuvard recevait le Machaut de Marc Mouillon en des termes qui n’y allaient pas par quatre chemins : L’émotion des mots, de la langue et du chant, l’art des musiciens qui entourent Marc Mauillon, font de ce coffret une pépite. C’est donc grand plaisir que de donner la parole au baryton Français pour qu’il nous raconte « son » Guillaume de Machaut.
 


De votre point vue de praticien, quel type d’homme et de compositeur était Machaut ?

 
Une très forte personnalité, cela ne fait aucun doute pour moi. Je le vois comme ce genre de personnes avec une force mentale incroyable, qui tracent leur route avec pugnacité. Poétiquement et musicalement son style est très reconnaissable, il a structuré les formes fixes, suivi lui-même la copie de ses œuvres… Si j’avais vécu à son époque, j’ai l’intuition qu’il n’aurait pas forcément pu faire partie de mes amis mais j’aurais certainement adoré rencontrer ce personnage fascinant. Car c’est un tel génie !!
 

Qu’est ce que le lai ?
 
Le lai est la forme poétique la plus élevée au Moyen Âge. N’est considéré comme poète que celui qui sait composer un lai car c’est une forme longue, avec une grande richesse de rimes, il faut arriver à tenir sur la durée ! C’est une forme qu’on entend assez peu de nos jours en concert, sans doute à cause de ses proportions, mais c’est regrettable je trouve. Car cette richesse poétique très différente d’un rondeau ou d’une ballade influe grandement sur la musique : on peut véritablement « s’installer » dans l’écoute d’un lai. C’est une expérience magnifique tant du côté du public que de celui de l’interprète.
 
Ce qui frappe dans cet enregistrement, c’est l’ampleur : ampleur des œuvres mais aussi du souffle qui les traverse.
 
C’est quelque chose qui me touche profondément aujourd’hui en réécoutant ces 3 disques. Avec « l’Amoureus Tourment », je m’entends tomber amoureux de cette lyrique médiévale et je suis frappé à quel point cette ampleur dont vous parlez se déploie et me dépasse largement en tant qu’interprète. C’est là où on voit la puissance de ces textes et de cette musique. Ce premier enregistrement a plus de 15 ans, j’avais très peu de connaissances sur ce répertoire. Cette musique m’a tellement appris ! Pour moi ces pièces sont justement une invitation à prendre toute son ampleur en tant que « performer », à se questionner et à assumer des choix musicaux, esthétiques, vocaux, poétiques. J’ai le sentiment qu’on ne peut pas se cacher derrière la monodie. Elle vous révèle presque malgré vous, je m’en rends compte encore plus depuis que j’enseigne ce répertoire.
 
Quelles sont les connaissances musicologiques qu’il faut faire siennes pour fidèlement rendre hommage à cette musique ?

 
C’est une excellente question. Nous avons trop peu de sources pour « rendre fidèlement hommage » à cette musique. Nous avons ces merveilleux manuscrits avec une notation qu’on peut assez précisément comprendre mais les conditions d’exécution de ces pièces nous sont inconnues. Étaient-elles même prévues pour être chantées et jouées devant un public ? En tant qu’interprète, on passe son temps à faire des choix guidés par les recherches musicologiques mais aussi souvent par notre instinct musical. Et c’est précisément dans cet interstice entre savoir et connaissance que se situent pas mal de réponses à nos questions. Essayer d’être le plus respectueux d’une œuvre tout en se gardant la liberté interprétative qui est suggérée, sacrée responsabilité ! Alors j’essaie de garder le premier précepte du serment d’Hippocrate en tête :  primum non nocere (premièrement ne pas nuire)
 
Un petit mot, peut-être sur les collègues instrumentistes qui vous accompagnent ?
 
Le mot de collègue paraît bien fade et peu représentatif de ce que je ressens envers mes partenaires musiciens. Avec Angélique c’est évident car nous sommes frère et sœur mais Pierre et Viva font partie intégrante de ma famille musicale. Ces artistes fantastiques m’inspirent, me nourrissent, me font grandir. J’ai une chance incroyable de travailler avec des personnes qui combinent tant de qualités humaines et artistiques. Je n’oublie évidemment pas les amis instrumentistes et chanteurs qui ont bien voulu venir nous offrir leurs talents multiples pour l’enregistrement de ces disques. Cela est bien sûr très lié à ce dont nous venons de parler au sujet de l’engagement des interprètes dans ces répertoires et toutes ces belles personnalités conjuguées sont autant d’épices délicates et savoureuses qui me mettent en joie !

 

 

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Infos sur l’œuvre

Détails

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

This be her Verse, par Golda Schultz et Jonathan Ware

La parole aux femmes
CDSWAG

Le Bourgeois Gentilhomme

Un gentilhomme en fête
CDSWAG

Debussy La Damoiselle élue

Lignes claires
CDSWAG

Les dernières interviews

Stanislas de Barbeyrac : « Il y aura peut-être un jour Tristan, si je suis sage »

Interview

Questionnaire de Proust – Sophie Koch : « Christian Thielemann compte beaucoup pour moi »

Interview

Sophie Koch : « Aborder Isolde, c’est être devant l’Everest »

Interview

Les derniers dossiers

Questionnaire de Proust

Dossier

Les grands entretiens de Charles Sigel

Dossier

Philippe Boesmans (1936 – 2022)

Dossier

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Se réinventer ou mourir : l’opéra face à son destin

Actualité

Saison 2023-24 : les programmes

Les programmes 2023-24 des principales institutions lyriques de France, d’Europe et au-delà
Actualité

Stanislas de Barbeyrac : « Il y aura peut-être un jour Tristan, si je suis sage »

Interview

Questionnaire de Proust – Sophie Koch : « Christian Thielemann compte beaucoup pour moi »

Interview