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5 questions à Bernard Labadie

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5 questions
26 mars 2004

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Le 10 mars dernier, vous avez dévoilé la saison 2004/2005 de l’Opéra de Montréal, qui sera la première saison authentiquement marquée par votre touche personnelle : sous quels signes avez-vous souhaité placer cette saison ?

Sous le signe du renouveau et de l’exploration : au cours des quinze dernières années, la compagnie a presque complètement ignoré des pans entiers du répertoire, notamment le répertoire germanique et le répertoire baroque. Nous comblons ces deux lacunes avec Ariadne auf Naxos et Agrippina, qui n’ont jamais été montés à la compagnie. Dans le cas d’Agrippina, il s’agit même du premier opéra de Haendel jamais présenté par l’Opéra de Montréal !

Votre arrivée à la direction artistique de l’Opéra de Montréal a suscité de grands espoirs et a été perçue comme une bouffée d’air frais pour une institution qui ne se risquait pas beaucoup jusqu’alors en terrain inconnu. Qu’entendez-vous faire pour lui donner un nouvel essor et promouvoir l’innovation ?

Nous n’en sommes qu’au début. La priorité absolue est l’excellence, et nous avons consacré beaucoup d’énergie à consolider les dimensions artistiques fondamentales de notre travail : engagement d’un nouveau chef de chœur et chef assistant, refonte du chœur, augmentation du nombre d’heures de répétition avec orchestre et mise en scène, etc. C’est un travail souterrain qui n’est pas nécessairement palpable pour le public au début, mais qui est absolument essentiel au développement de la compagnie. La deuxième étape, maintenant entamée, est la diversification du répertoire. Toutefois, l’Opéra de Montréal compte beaucoup sur la vente de billets individuels pour son financement, ce qui nous empêche d’imposer un rythme de réformes trop rapide. On ne peut pas éduquer un public en lui disant ce qu’il doit aimer ou ne pas aimer, mais on peut le prendre par la main et l’inviter à découvrir des univers qui lui étaient inconnus, ce à quoi nous nous sommes attelés depuis le début de la présente saison.

Compte tenu du mode de financement des arts en Amérique du Nord, vous êtes en quelque sorte « condamné » à emporter l’adhésion du public pour réussir. Pensez-vous justement être en mesure de convaincre un public peu habitué jusqu’ici aux audaces musicales et scénographiques ?

La clé, c’est la nature même de ce public : à Montréal comme partout ailleurs en Amérique du Nord, le public d’opéra se fait vieillissant. Il faut donc travailler à son renouveau et amener les jeunes à s’intéresser à l’opéra. Or le public plus jeune, qui n’a pas été nourri aux traditions séculaires de l’opéra, est d’emblée plus ouvert à un répertoire ou à des approches théâtrales et scénographiques auxquelles les habitués ont parfois plus de difficulté à s’adapter. Bien entendu, tout est question d’équilibre, et il n’est pas question non plus de se couper subitement de nos bases traditionnelles dans le grand public, pas plus qu’il ne serait juste de croire qu’il faut par principe faire table rase de toutes les traditions héritées des siècles passés. Je crois sincèrement que par sa nature basée sur la convergence des différents modes d’expression, l’opéra est mieux placé que toute autre forme d’art pour établir un pont entre les générations.

Des chanteurs canadiens tels que Ben Heppner, Russell Braun, Richard Margison, Michael Schade et Marie-Nicole Lemieux se produisent ailleurs dans le monde. Reverra-t-on, à l’Opéra de Montréal, des chanteurs étrangers de la trempe de Luciana Serra, Rockwell Blake, Diana Soviero, Mechthild Gessendorf, Sergei Leiferkus qui se sont produits ici même ?

Sans traiter de cas particuliers, je répondrai sans détour : oui. Montréal est une grande métropole culturelle qui mérite d’avoir accès aux meilleures voix du monde. Mais les meilleurs chanteurs se produisent en général avec les meilleures compagnies, ce qui sous-entend parfois également : les compagnies les mieux nanties. C’est pourquoi la poursuite de l’excellence artistique et l’élargissement de nos bases de financement sont des conditions essentielles pour faire de Montréal un acteur important sur la scène mondiale.

On connaît par ailleurs votre itinéraire de chef d’orchestre, notamment à la tête de l’ensemble baroque Les Violons du Roy, que vous avez fondé il y a maintenant 20 ans. Quels sont vos projets pour l’avenir de ce côté-là ?

Ils sont tellement nombreux que ces quelques lignes ne suffiront pas… De nombreuses tournées internationales sont en préparation, notamment avec le mezzo tchèque Magdalena Kozena. L’orchestre se produira au cours des quelques années à venir sur les plus grandes scènes nord-américaines et également en Europe. Il aura enfin sa résidence permanente à Québec avec la rénovation du Palais Montcalm qui réouvrira en décembre 2005. Pour en savoir plus, il faudra attendre nos conférences de pesse du 4 avril à Montréal et du 5 avril à Québec…

Rémi Bourdot et Réal Boucher
 

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